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Auteur : Antoine POLGAR - Mon, 10 Dec 2018 18:01:04 +0000
LEVEQUE Jean

Jean
LEVEQUE


Jean
LEVEQUE

Témoignages


Témoignage de Antoine POLGAR (Petit-fils), déposé le 10/11/2018

 JEAN LÉVÊQUE1888-1918

Témoignage de Jean Bonnerot 
 
"Si quelqu'un eut jamais d'autre souci que de vivre le plus possible et le mieux possible, de faire à la fois son bonheur et'celui des autres, d'aimer et d'être aimé, d'apparaître toujours, à toute heure de la vie et en toute circonstance, plein de confiance ainsi qu un messager d'espoir, ce fut vraiment Jean Lévêque. Le destin a voulu qu'il fût enlevé dans sa trentième année, à l'âge splendide où il pouvait espérer réaliser pleinement son rêve et créer enfin une œuvre. S'il ne laisse que des fragments épars, lambeaux de poèmes ou feuillets de prose, c'en est assez déjà pour le jour où la main pieuse de celle qui lui survit les réunira en volume.

Sa biographie est d'une brièveté émouvante : elle pourrait tenir la rigueur en quelques lignes : né à Paris, le 3 novembre 1888, le second de six enfants, Jean-Abel-Alexis Lévêque fit de nombreux séjours dans l'Orne, Argentan, en Dordogne et dans la Haute-Vienne. Son père, avocat et secrétaire particulier du député Léon Bourgeois, meurt alors qu'il n'a que huit ans, et, de bonne heure, Jean Lévêque. apprend qu'il faut lutter pour se faire un foyer et travailler pour le faire vivre. Sa mère, issue d'une vieille famille creusoise, était une femme très cultivée, qui eut sur la formation intellectuelle de son fils la meilleure influence, et c'est elle qui, en prenant la direction de la maison, privée de chef, inculqua à tous les siens- le goût de l'étude et la confiance en la vie.

Il fait ses études au lycée Buffon, de 1896 à-1906, et, muni de ses baccalauréats, prend ses inscriptions la Faculté de Droit et la Faculté des Lettres de Paris, se passionne pendant quelque temps pour les études de psychologie expérimentale, puis se tourne du côté de la littérature. Au début de 1910 il se marie et fonde un foyer, c'est-à-dire qu'il travaille, donne des leçons et écrit pour élever les bambins charmants qui peu s'éveillent dans la maison.

Déjà P. -B. Cheusi accueille ses premiers vers à la Nouvelle Revue, en mars 1910. Le Gil Blas lui ouvre ses portes et se l'attache comme chroniqueur, reporter et critique dès l'automne de 1911. Là, il se lie d'amitié avec quelques-uns de ceux qui fixent les pionniers de la jeune génération. C'étaient Henri Chervet, Jean Pellerin, André du Fresnois, Marcel Boulenger, Jean Florence, René Blum, Jean Bayet, Francis Carco, Georges Pioche, Seymour de Ricci, Hébertot, Gonzague Frick, etc.
De 1911 à 1914, Lévêque est un des plus fidèles collaborateurs du Gil Blas ; qu'il signe de son nom eu de ses simples initiales, qu'il adopte un des pseudonymes en usage dans- la maison Claude Francueil, Swing, Louis Peltier, il s'initie ce rude métier de journaliste et y affirme ses dons d'écrivain et son véritable talent de chroniqueur.

Chroniqueur, Jean Lévêque le fut au plus haut degré ; il excellait dans ce genre rapide et élégant que l'on a appelé : En Marge, A propos de, En Passant, et que souvent il intitulait d'un mot plus simple : “ Feuillets. ” Être chroniqueur n'est pas la portée de tout le monde, quoi qu'en pense le vulgaire : cela consiste à écrire brillamment un article de 50 à 80 lignes sur un sujet d'actualité. Et, qu'il parle d'une Exposition de Chiens sur la terrasse de l'Orangerie, ou d'un Incident Matrimonial à la villa Médicis ; qu'il évoque l'école des danseuses de Miss Loie Fuller, qu'il présente la candidature de Willette à l'Académie des Beaux-Arts, qu'il interviewe Charles Péguy, le philosophe Bergson, ou le professeur Pozzi son retour d'Amérique ; qu'il plaide la cause des électrices ou qu'il fasse le portrait de telle célébrité du jour, c'est avec la même grâce, une constante bonne humeur, une agréable et juste mesure, qui sait mettre en valeur les mots français et respecte la hiérarchie de la syntaxe. Certes l'on dira que ces articles d'actualité sont sans lendemain, que le soir on a oublié ce qu'on avait lu le matin, qu'il en reste peine dans la mémoire un bruit confus de paroles incertaines. Pas toujours, Je viens de relire les deux ou trois cents articles, la matière de deux volumes au moins de chroniques, qu'il a semées à profusion ei joliment pendant son séjour au Gil Blas. Eh bien ! beaucoup gardent, après dix ans passés, le charme de sa jeunesse et le bel enthousiasme qui animait ce messager d'espoir.

Jean Lévêque avait collaboré également à la Phalange où le poète Jean Royère l'avait, mainte reprise, encouragé de ses conseils, et, s'il n'a pas plus souvent usé l'hospitalité qu'on lui offrait dans cette revue, c'est parce qu'il était absorbé par ses devoirs professionnels de journaliste. En automne 1913, il devint secrétaire général d'un périodique illustré que venait de fonder Marc de Tolédo : Tout Paris Magazine ; mais la durée en fut si éphémère qu'elle ne lui laissa pas le temps de s'y faire un nom.

Mobilisé le Il avril 1914 au 74e régiment d'infanterie à Rouen, il est peu après dirigé sur le front et c'est entre le 22 et 29 septembre qu'il reçoit en Champagne le baptême dû feu, en participant aux attaques de Loivre. Il passe l'hiver de 1914-1915 dans la région de Reims, puis fait la campagne d'Artois à Neuville Saint-Vaast ; il est à Verdun en 1916 et prend part aux attaques de Douaumont. En janvier 1917, il combat à la Crête des Éparges, au printemps de la même année il est à
Nogent-l'Artaud. En 1918, il fait la campagne de l'Aisne. Employé comme téléphoniste, puis au service des projecteurs et comme signaleur, déjà cité l'ordre de la brigade le 28 mai 1916,
“ Pour avoir, du 22 au 24 mai 1916, donné un bel exemple de sang-froid et de courage en réparant, malgré la violence des tirs d'artillerie, une communication dans une région bouleversée. " 

Il est tué le 23 juillet 1918, après quatre ans de front, à Oulchy-la-Ville, où il faisait fonction d'agent de liaison, et cité la division avec ce motif  :
“ Soldat signaleur animé d’un moral et d'un dévouement à toute épreuve ; à différentes reprises, a eu des initiatives très heureuses pour assurer la liaison et le remplacement d’agents de liaison mis hors de combat. A apporté l'aide la plus sérieuse à son commandant de compagnie. Mort en brave le 23 juillet 1918. Médaille militaire posthume.

Il n'avait pas trente ans ; parti simple soldat, il était demeuré simple soldat, n'ayant jamais voulu accepter le moindre grade.
Georges Pioch adressait à Jean Lévêque un adieu dans le Paris-Joumal du 17 novembre 1918 : “ De Gil Blas aussi, Jean Lévêque. Nous aurions pu croire que lui, au moins, échapperait. La guerre brûlait vers son déclin. Nous savions que Jean Lévêque lui, avait résisté. Quelques jours encore, si. peu de jours, quand nous évoquons ceux qui, depuis le mois d'août 1914, ont composé la suprême passion des pauvres hommes... Quelques jours encore et la littérature française n'était point appauvrie de cet écrivain, aux belles façons de poète, qui s'était affirmé propre à vraiment créer dans l'humain et qui avait de la pensée et du courage. Mais la mort à passé, bête comme la vie, bête comme la guerre. C'est une tombe de plus dans notre cimetière intérieur, une place nouvelle dans notre souvenir qui ne se cicatrisera point. ”

Des feuillets épars dans un carton, des ébauches, un journal intime, deux ou trois milliers de lettres, est-ce dont tout ce qui reste de vivant de celui qui fut si plein de vie et si confiant  ? Voici un projet d’étude sur Dombrowskl ; des pages qui portent comme titre Essai sur la Violence ; des notes amassées pour une Histoire de l'Opéra (en tant que genre littéraire), un projet de drame tiré du roman d'André Lichtenberger, Juste Lobel, Alsacien ; et puis voici des vers, avec leurs retouches et leurs variantes, des poèmes intimes, des strophes de souvenirs ; et deux piécettes rimées  : Chacun son passé et L'Heure du mensonge. Tout cela demeure inédit. Lévêque n'a pu y mettre la dernière main, y faire les corrections nécessaires, y apporter les retouches indispensables ; ce ne sont pour les intimes que des reliques. Mais, si de sa Correspondance ou de ses Notes, prises au jour le jour des années depuis 1908, et qu'il avait intitulées modestement Journal, on extrayait deux ou trois cents pages, on serait étonné de sa justesse de vues et du souffle d'invincible espoir qui l'anime. Peut-être ces phrases ainsi coupées donneraient-elles au lecteur l'impression de maximes et de réflexions philosophiques et paraîtraient-elles trop morcelées. Elles sont là, comme des idées qui ont jailli, et telles elles ont été recueillies au hasard des lettres qui les contenaient. Celui qui les a semées dans sa correspondance était vraiment, par ses dons de clarté et son enthousiasme, de la belle lignée des écrivains français. " 

JEAN BONNEROT (1882-1964).
Note. - Ami de jeunesse de Jean Lévèque, Jean Bonnerot passera toute sa carrière de bibliothécaire à la Sorbonne., à l'exception de quelques années exercées à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (1936-1938). En 1914, il devient bibliothécaire de la Sorbonne puis conservateur en 1939. Le 4 janvier 1939, il devient en outre Inspecteur chargé de la direction de l’ensemble des bibliothèques de l’Université de Paris, puis inspecteur général des bibliothèques le 26 mars 1941. Le premier octobre 1952, il prend sa retraite et est nommé Conservateur en Chef Honoraire des Bibliothèques Universitaires de Paris.
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