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Auteur : Laurent ROYER - Sun, 23 Jul 2017 14:41:41 +0200
LIÉBAUT Albert

Albert
LIÉBAUT


Albert
LIÉBAUT

Sa Biographie


Les Comptoirs liniers à Dunkerque


En 1913, Maurice décède des suites de sa maladie. Albert quitte Baccarat et la cristallerie le 30 juin 1913, emmenant avec lui, sa femme Louise, son fils André... et son génie de la mécanique.

Ils s'installent à Dunkerque, dans une maison* en face de la place de la gare. Mais rapidement survient la guerre 14 avec son lot de bombardements. Et même si les bombardements à Dunkerque sont moins puissants en 1914, qu'en 1940, les conditions de vie y sont tout de même très pénibles. A tel point qu'Albert décide en 1915 d'envoyer Louise et André à Paris, rue Vercingétorix, dans le quartier Montparnasse. En plus, c'est mieux pour le collège du jeune garçon, car à Dunkerque, la vie scolaire est déjà trop désorganisée.

En 1918, la guerre terminée, Louise et André entrent sur Dunkerque. C'est dans cette première moitié de l'année 1919, que sa fille Yvonne, son gendre Raoul et leur trois enfants viennent s'installer non loin, d'abord à Malo-les-Bains puis à Dunkerque même. Albert a en effet proposé à son gendre, un travail dans ses usines, afin d'aider sa fille et sa famille, dont les affaires en Normandie n'allaient plus très bien après la guerre. Ça lui permet de profiter plus régulièrement de la présence de sa fille, et sans doute pensait-il, qu'elle se referait une santé, après ses années de guerre passées seule à diriger l'exploitation agricole.

Tout semble aller alors pour le mieux. Les comptoirs liniers sont devenus une énorme affaire avec des usines dans le Nord, en Normandie, dans la région parisienne. La société est côté à la bourse de Paris et à la bourse de Lille. Albert en a pris la direction générale. Le jute et le lin répondent à des besoins essentiels pour l'essor de l'économie : l'emballage, pour la marine (voiles, cordes, bâches, filets), l'habillement. L'usine de Saint-Pol-sur-mer est une des filatures les plus modernes d'Europe. Elle emploiera jusqu'à 1800 salariés, produisant jusqu'à 6500 tonnes de fils, tissus et sacs.


Week End à Malo-les-Bains
Week End à Malo-les-Bains*
Week End à Malo-les-Bains
Week End à Malo-les-Bains*
Week End à Malo-les-Bains
Week End à Malo-les-Bains
© Descendants Famille Radas
Certaines traditions s'instaurent chez les Liébaut. Le dimanche, enfants et petits-enfants viennent manger le poulet et la fameuse "tarte" en dessert. Albert met le 78 tours de Bach et Laverne, duo comique de l'époque. Puis la journée s'achève par une promenade à la plage, avant que tout le monde ne rentre chez soi. Pour les vacances d'été, les Liébaut ont une villa "Bon Accueil"* à Malo-les-bains. C'est une de ces grandes maisons du nord, très en hauteur, sur 3 ou 4 étages, qui vous accueille au rez-de-chaussée par une très grande salle à manger, avec vue panoramique.... sur le front de mer et... la mer. Pour ne pas embellir trop exagérément le tableau, il faut dire que la maison est très belle, mais à cette époque, l'eau a tout de même du mal à parvenir aux étages. Par ailleurs, ces périodes de vacances n'étaient pas de tout repos pour les femmes de la maison, c'est-à-dire Louise et Yvonne.

Et puis Louise a la maladie de Basedow, qui est une maladie de la thyroïde. Dans le jardin de leur villa, Albert achète des chèvres pour offrir du lait tous les matins à sa femme, sur les conseils du médecin. Une femme, qui auparavant était très fantaisiste, énergique et changeait de place tous les meubles dès que son mari partait en voyage d'affaire. Elle s'entendait très bien avec son gendre Raoul. Elle mourra brutalement, en pleine rue de Malo, le 11 juillet 1919, alors qu'elle promenait par la main sa petite-fille Marguerite-Marie, tout juste âgée de 2 ans.

Albert continue sa vie seul, dans sa maison de Dunkerque, aidée par une vieille cuisinière bien brave. La tradition du dimanche et des vacances à Malo se perpétue. En 1920, son fils André a 19 ans et entre aussi à l'école Centrale, dont il ressortira avec le diplôme d'ingénieur en 1923. Puis Albert envoie André comme directeur général dans une des usines des comptoirs Liniers, filature en corderie, qui deviendra plus tard l'usine Moulinex à Alençon en Normandie.

Se remettant mal de ses années de guerre, du climat de Dunkerque, Albert voit sa fille Yvonne tomber dans une grave dépression. Vers 1924, il achète alors un terrain dans les environs de Sainte-Maxime, sur la côte d'Azur. C'est Paul Radas, le frère de son gendre Raoul*, qui le lui vendra. Il y fait construire une petite Maison, "L'abritadou", pour que sa fille puisse venir régulièrement s'y reposer.

Il marie son fils en 1929 à Alençon. André épouse Elisabeth Guillet. Vers 1930, il obtient son permis de conduire et s'achète une "berline". Peu de temps passe, pour qu'à l'occasion d'un virage mal négocié, il percute la "colonne de la victoire" à Dunkerque. Quelques contusions au visage obligent les médecins à éclaircir sa précieuse barbe. Cette affaire l'a profondément agacé, et on n'entendit plus parler de voiture.

La grande crise de 1930 frappe déjà la France. Dans les années 1932 - 1933, la crise est au plus fort. Les comptoirs liniers ne s'en relèveront jamais. Claude, son petit-fils, raconte que "Bon Papa Liébaut" vient souvent dans la soirée, rendre visite à son gendre, sa fille et ses petits-enfants. Un soir de 1930, Albert s'assoit comme d'habitude dans la bergère de la "salle d'étude" et emploie pour la première fois les termes de "faillite" ou de "ruine". Du haut de ses 8 ans, Claude est pétrifié, pleure et demande comment "Bon Papa" va pouvoir désormais manger et dormir...

La filière du jute est revendue à un autre ténor du textile à Dunkerque : la société Saint-Frères, où le fils André travaillera jusqu'à sa retraite. Alors âgé de 70 ans, Albert dit à sa belle-fille, avec ce courage qui l'anime et un sourire de sage : “je me retrouve comme si j'avais 20 ans. J'ai tout perdu”.

Il s'excusera même d'avoir entraîné son fils et sa femme dans ses affaires.

“Je suis tellement désolé pour vous, que vous ayez une vie difficile comme ça, moi qui avais promis à votre mère que je vous rendrais heureuse. ”

En 1934, il doit se séparer de "L'abritadou". Le 2 octobre 1936, Albert meurt d'une crise cardiaque, à la table d'un restaurant, lors d'un voyage d'affaire à Genève. Il a 74 ans.

Modifié le 13/12/2012
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